Archives par mot-clé : Cochon

Abracadabra, comment refaire du neuf avec du vieux ?

Au hasard des pérégrinations inévitables lorsqu’on s’occupe d’enfants, on tombe parfois sur des titres très à propos dans les salles d’attente des praticiens et autres spécialistes chronophages.

C’est ainsi que j’ai pu suivre les tribulations de la petite Apolline d’Armelle Modéré chez la pédiatre, dénicher un livre animé sur le corps humain chez le généraliste et redécouvrir Le Docteur de Soto en Afrique chez le dentiste.

Il est dommage que mon boucher n’ait pas de salle d’attente car je lui offrirais volontiers Le cochon d’Emile de Stéphane Henrich.

Et qu’est-ce que je trouve dans la pile de livres pour patienter chez l’opticienne du coin ? Le blaireau à lunettes ! Un album fondant à souhait !

L’histoire n’a pas changé : 

Il était une fois un blaireau qui portait des lunettes,
alors tout le monde l’appelait le blaireau à lunettes.
Il portait des lunettes parce qu’il ne voyait pas très bien.
Il n’était pas vieux, non mais sans ses lunettes
il confondait un éléphant avec un ouistiti.

Mais, c’est curieux, les illustrations ne me rappellent pas celles de la bibliothèque ?

L’EXEMPLE DU BLAIREAU DE A à Z

Voici l’album chez l’opticienne :

 

Voilà l’illustration de l’exemplaire de la médiathèque :

Le blaireau à lunettes illustré en 1988 par Martine Bourre

Sans oublier la charmante Elise à l’origine de l’article :

Elise l’opticienne  fait patienter les petits avec Le blaireau à lunettes illustré par Laurent Simon en 2016 (c) Breadcrumb
LE METIER D’EDITEUR, ETRE VISIONNAIRE DU MARKETING ?

Le tour est joué : Père Castor modernise certains de ses albums classiques par un relookage total avec des illustrateurs contemporains. Le texte reste identique mais les images sont plus dans l’air du temps, tout en suivant le gabarit de la maquette originale (reliure avec agrafes appelée piqûre à cheval, format 18 cm x 21 cm).

Et c’est souvent réussi.

Dans le même temps, tous les titres du Père Castor n’ont pas le même cahier des charges. Baba Yaga par exemple.

ON TOUCHE AVEC LES YEUX

Ce sont parfois trois générations d’illustrateurs qui se sont relayées.

Evidemment, certains titres patrimoniaux restent dans leur jus. Ainsi, la belle anthologie vintage parue récemment figure dans ma panoplie de bibliothécaire jeunesse…

Bien entendu, d’autres éditeurs se préoccupent également de la question de l’équilibre entre fonds et nouveautés, tels Kaléidoscope ou Pastel de l’Ecole des loisirs…

Chez Breadcrumb, nous en apprécions énormément : des petits, des gros, des tout neufs, des implantés de longue date. Et nous espérons bien faire des émules.

JEU

Réaliser un Jeu du lynx avec les logotypes des maisons d’édition

Edgar ou les vibrations positives

Edgar est le dernier-né d’une grande pointure chez les petits,  Alan Mets.

Mais comment font-ils chez BM pour accueillir tous ces talents et damer le pion aux gros éditeurs?

Car Edgar d’Alan Mets, c’est un petit reggaeman ou plutôt un « reggaepig » sur lequel on va pouvoir compter.

Edgar est un petit cochon tout mignon mais noir et très seul qui veut se lier d’amitié avec un troupeau de cochons roses. Ces  derniers ne veulent pas l’inclure dans leurs jeux… Et pourtant c’est bien Edgar qui va leur sauver la mise.

Les cochons roses ont la tentation de faire d’Edgar un mouton noir. Oh les vilains ! Heureusement, il n’est pas question de broyer du noir…

La bande sonore du livre-CD-mp3 s’appuie sur un genre musical très peu courant en littérature de jeunesse, le reggae. Il est certain que le reggae des cochons, ça change de La Truite de Schubert. 

Rudy Martel, l’éditeur, fait entendre sa voix à ce sujet :

« Pour étayer ma présentation d’Edgar lors d’une réunion avec les représentants d’Harmonia Mundi Livre, j’avais demandé à Ludovic Rocca, l’ingénieur du son, un extrait sonore du livre que je pourrais leur faire écouter.

C’est Schubert qui avait été retenu. C’était joli, et les représentants ont écouté le début de l’histoire, disons, sagement. J’ai alors senti un décalage entre la couleur musicale choisie et ce personnage « cool », « peace and love », tenant de beaux discours sur le vivre ensemble. Edgar devenait ce jour là un rasta et le reggae, une évidence.

Il y a dans cette musique la nonchalance d’Edgar, sa gentillesse, sa curiosité, son esprit d’ouverture. »

Il y a des années, ma chef qui accueillait les enfants de la crèche à la bibliothèque avait « rappé » sur Animalicieux de Pierre Coran, un autre trésor. Avec Edgar, j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir ce joli souvenir.

Edgar met de la couleur dans la vie et permet à chacun d’affirmer son identité. Bravo !

♥♥♥♥♥

Jeu

Têtes de cochons en ballons de baudruche : à la découverte de l’électricité statique (sur une idée de Petit Cobaye)

  • Eloge de la diversité et Electricité statique

La marque Pennart : contes, bagnoles et parodie

Ma voisine est professeur des écoles, bref institutrice. Elle m’a dressé un tableau alarmant : ses élèves de CM1 ne connaissent plus les contes !

J’ai alors pensé à Geoffroy de Pennart.
 

Avec Yvan Pommaux,  Geoffroy de Pennart est probablement l’auteur-illustrateur le plus investi dans le détournement de contes. Avec un talent extrême et une longévité extraordinaire. Un dandy drôle et rétro, sorte de Jean Rochefort du livre pour enfants.

Un vrai contrat de lecture
Le 14e titre dans la série des loups analyse pour notre plus grand bonheur l’antipathie réciproque entre le loup et le cochon

Pennart, c’est une histoire au long cours avec les enfants, des personnages récurrents (Igor le loup par exemple), des parodies de contes,  des détails à débusquer (les voitures, un vrai régal), une imagination débridée et un vocabulaire exigeant, des jeux avec les noms.

Pennart, c’est aussi des objets rétro (le téléphone a toujours un cadran rotatif et un combiné), une touche masculine bienvenue, un humour omniprésent dans les détails.

Chez Pennart, le journal, super pratique pour donner des informations, est partout. Dans Cambouis, un album rock-and-roll qui parodie le conte de Cendrillon, c’est dans le journal que Lady Wawa publie son avis de recherche de choristes.

Un jeu d’indices

L’auteur-illustrateur ne prend pas les enfants pour des truffes. Il se donne beaucoup de peine pour semer des indices entre ses albums :

Dans Le loup est revenu, il y a un souvenir du premier livre publié par Pennart, La reine des abeilles.

Dans Le retour de Chapeau rond rouge, la page de garde met en scène des souris qui interprètent la version initiale, Chapeau rond rouge. Ces petites souris occupaient déjà un coin de la scène dans le premier album, un jeu de cherche et trouve s’installant subrepticement entre Pennart et les enfants. C’est drôlissime, y compris pour les adultes.

Igor adore les décapotables (c)Kaléidoscope
Geoffroy de Pennart aime aussi positionner Igor dans des albums où il n’est pas protagoniste.
Aquarelle et Photoshop comme techniques de prédilection 
Un crayon, une gomme, de l’encre, voilà le matériel de départ de Geoffroy de Pennart pour les illustrations. Jusqu’en 2000, il aquarellait ensuite son dessin. Depuis, il a changé de technique : la mise en couleur se fait sur Photoshop. 
On se demande bien à qui peut appartenir ce véhicule admirablement carrossé (c)Kaléidoscope
Un moyen de revenir aux sources du conte
Ah, au fait, vous vous souvenez de ma voisine ? L’institutrice ? le tableau alarmant  : les enfants ne connaissent plus les contes ?
Je ne l’ai pas crue.
J’aurais dû.
Petit cobaye, 8 ans, a adoré Cambouis.
Et absolument pas reconnu la trame de Cendrillon.
Aaargh ! 
Cambouis (c)Kaléidoscope
Pour corriger le tir, voici la prescription d’une ancienne bibliothécaire : Pennart, Perrault, Pennart, Perrault, Pennart, Perrault. Répétez trois fois. Puis administrer à voix haute et à hautes doses pendant 3 ans au moins.
En savoir plus
Geoffroy de Pennart est édité chez Kaléidoscope.
Premier titre début du succès : Le loup est revenu , 1994, après un tout premier ouvrage, La reine des abeilles.

Il a récemment ouvert son site web, geoffroydepennart.com, très chouette et bourré d’explications pour nourrir les enfants (notamment la rubrique dédicace-arbre généalogique qui donne l’origine des noms de ses personnages issus de son entourage)

Cambouis. Geoffroy de Pennart. Kaléidoscope, 2016. 
Dès 6 ans
Mensonges. Geoffroy de Pennart. Kaléidoscope, 2017. Dès 5 ans
Jeu