Tomi, la lune et les trois brigands

Tomi Ungerer, acide, génial et provocateur, vient de quitter ce monde à l’âge de 87 ans. Alsacien ayant connu le joug nazi dans son enfance, expatrié trilingue français-allemand-anglais, il a marqué profondément le secteur du livre pour enfants. 

L’Ecole des loisirs, son principal éditeur en France, l’éditeur d’art Phaidon, et l’éditeur régionaliste La nuée bleue perdent une célébrité internationale de leur catalogue. 

Les bibliothécaires vont gagner la nécessité d’un hommage. Pour les illustrateurs, c’est déjà une déferlante sur les réseaux sociaux. 

Page Facebook de Gilles Bachelet, 9 février 2019 : Petit échauffement avant le duel dessiné avec Anaïs Vaugelade en hommage à Tomi Ungerer à la médiathèque Robert Desnos de Montreuil..

Lorsque j’étais bibliothécaire jeunesse dans les années 1990, je me rappelle parfaitement l’émotion qui m’avait saisie à la découverte de Pas de baiser pour maman, un texte illustré qu’on classait dans le bac des ‘premières lectures’.

Drôle et dure à la fois, l’histoire met en scène un personnage qui ne supporte pas d’être embrassé par sa maman. Tomi Ungerer avait expliqué qu’il était le petit d’une fratrie composée de filles et qu’il était submergé de bisous à tout moment, à tel point qu’il en avait conçu une véritable aversion. Il avait puisé là la matière première de ce titre. 

Intelligent et en rébellion face à l’hypocrisie, il avait fait de son humour corrosif un talent au service de son art d’illustrateur et affichiste :

« L’Alsace a ceci de commun avec les cabinets qu’elle était toujours occupée. » 

Longtemps mis à l’index par les bibliothécaires et quasiment expulsé des Etats-Unis puritains qui ne concevait pas qu’on puisse être auteur-illustrateur d’albums jeunesse et artiste érotique, Tomi Ungerer avait depuis longtemps obtenu une reconnaissance internationale.

Page Facebook d’Antoine Guilloppé 2016

La ville de Strasbourg lui consacre un musée depuis 2008.

Tomi Ungerer, sans titre [dessin pour Les Trois Brigands], 1961 Lavis d’encre de Chine et d’encres de couleur, feutre et rehauts de crayon blanc sur papier blanc Collection Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, Strasbourg © Diogenes Verlag \ Ayants droit Tomi Ungerer Photo : Musées de la Ville de Strasbourg (officiel) / M. Bernhart
Activité 

Origami des trois brigands

Atelier Les trois brigands (c)Breadcrumb
En savoir plus

7-Imp’s 7 Kicks #511: Featuring Tomi Ungerer

Liens éditeurs

Abracadabra, comment refaire du neuf avec du vieux ?

Au hasard des pérégrinations inévitables lorsqu’on s’occupe d’enfants, on tombe parfois sur des titres très à propos dans les salles d’attente des praticiens et autres spécialistes chronophages.

C’est ainsi que j’ai pu suivre les tribulations de la petite Apolline d’Armelle Modéré chez la pédiatre, dénicher un livre animé sur le corps humain chez le généraliste et redécouvrir Le Docteur de Soto en Afrique chez le dentiste.

Il est dommage que mon boucher n’ait pas de salle d’attente car je lui offrirais volontiers Le cochon d’Emile de Stéphane Henrich.

Et qu’est-ce que je trouve dans la pile de livres pour patienter chez l’opticienne du coin ? Le blaireau à lunettes ! Un album fondant à souhait !

L’histoire n’a pas changé : 

Il était une fois un blaireau qui portait des lunettes,
alors tout le monde l’appelait le blaireau à lunettes.
Il portait des lunettes parce qu’il ne voyait pas très bien.
Il n’était pas vieux, non mais sans ses lunettes
il confondait un éléphant avec un ouistiti.

Mais, c’est curieux, les illustrations ne me rappellent pas celles de la bibliothèque ?

L’EXEMPLE DU BLAIREAU DE A à Z

Voici l’album chez l’opticienne :

 

Voilà l’illustration de l’exemplaire de la médiathèque :

Le blaireau à lunettes illustré en 1988 par Martine Bourre

Sans oublier la charmante Elise à l’origine de l’article :

Elise l’opticienne  fait patienter les petits avec Le blaireau à lunettes illustré par Laurent Simon en 2016 (c) Breadcrumb
LE METIER D’EDITEUR, ETRE VISIONNAIRE DU MARKETING ?

Le tour est joué : Père Castor modernise certains de ses albums classiques par un relookage total avec des illustrateurs contemporains. Le texte reste identique mais les images sont plus dans l’air du temps, tout en suivant le gabarit de la maquette originale (reliure avec agrafes appelée piqûre à cheval, format 18 cm x 21 cm).

Et c’est souvent réussi.

Dans le même temps, tous les titres du Père Castor n’ont pas le même cahier des charges. Baba Yaga par exemple.

ON TOUCHE AVEC LES YEUX

Ce sont parfois trois générations d’illustrateurs qui se sont relayées.

Evidemment, certains titres patrimoniaux restent dans leur jus. Ainsi, la belle anthologie vintage parue récemment figure dans ma panoplie de bibliothécaire jeunesse…

Bien entendu, d’autres éditeurs se préoccupent également de la question de l’équilibre entre fonds et nouveautés, tels Kaléidoscope ou Pastel de l’Ecole des loisirs…

Chez Breadcrumb, nous en apprécions énormément : des petits, des gros, des tout neufs, des implantés de longue date. Et nous espérons bien faire des émules.

JEU

Réaliser un Jeu du lynx avec les logotypes des maisons d’édition

Bonne pioche aux éditions du Père Fouettard

Entre chien et poulpe est l’un des meilleurs albums que j’ai eu l’occasion d’analyser en tant que participante aux comités de pré-sélection des Incorruptibles.

Il est publié par Père Fouettard, un petit éditeur alsacien qui connait bien le secteur du livre. En effet, avant de créer sa maison en 2014, le co-fondateur du Père Fouettard a été commercial pour un  diffuseur, un corps de métier intermédiaire entre l’éditeur et le libraire.

Les dessous du caca expliqués aux 4-7 ans. Illustration extraite de Entre Chien et Poulpe (c) Père Fouettard
Editeur alsacien et défricheur international

Sur Breadcrumb, nous avons déjà étudié avec grand bonheur Wilfred et Rhino vole de Ryan T. Higgins ; ainsi que S’unir c’est se mélanger et Croco contre canetons de Laurent Cardon, auteur français résidant au Brésil.

S’unir, c’est se mélanger, une histoire de poules

Ils ont tous un lien avec l’étranger car la ligne éditoriale de Père Fouettard se caractérise par l’ouverture à de nombreux talents extra-hexagonaux que Florent Grandin sait approcher dans les foires de Francfort et Bologne.

Editeur littéraire et joueur

Et non seulement cet éditeur a du flair mais il a aussi une grande exigence en termes d’écriture et un côté joueur que les bibliothécaires vont apprécier : à l’instar de Claude Ponti et ses légendaires codes barres fantaisistes sur les couvertures des albums, Père Fouettard sème des indices dans l’achevé d’imprimé de chaque titre de son catalogue.

Wilfred, magnifique éloge de la différence et jolie approche culturelle du Canada et son monstre local, le Sasquatch

Il soigne également certaines pages de garde qui deviennent ainsi des bonus jeux. Entre chien et poulpe et Rhino vole! en sont des exemples parfaits.

Je vous invite à découvrir 3 autres albums fortement utiles pour des animations ou accueils de classe. C’est parti mon kiki :

Le coup de coeur de Petit Cobaye et Véronique

La ferme des dinos de Frann Preston-Gannon

Un album qui réussit à concilier 2 univers a priori très éloignés, les dinosaures et le travail éreintant de fermier. Le personnage conserve du début à la fin une expression fatiguée (un peu comme celle des jeunes parents en fait) mais, tout autour de lui, son petit monde prospère et s’allie pour lui donner beaucoup d’amour. 

Un album tendre et humoristique en illustrations numériques pour les enfants de 4 ou 5 ans. 

Un livre étonnant pour réconcilier les fratries

Frangins de Rocio Bonilla est un album recto-verso très, très attachant. Le point de vue d’une grande sœur sur son petit frère au recto (ou vice-versa !) est contrebalancé par celui du petit frère au verso à l’égard de sa sœur. Evidemment, les deux versions ne collent pas. Je n’en dirai pas plus sauf que l’humour est bien au rendez-vous et que l’album présente une parenté réjouissante avec l’hilarant Le tournoi des jaloux. L’ éternelle incompréhension ou rivalité fraternelle ayant de beaux jours devant elle (et pas seulement chez les enfants me semble-t-il), Frangins mérite largement de figurer sur une ligne de commande.

Hermanos (c) ed. Bromeras, extrait de la version originale de Frangins (c)Père Fouettard
Frangins (c)Père Fouettard
Une analyse de Cargo

Ce qui frappe d’emblée, ce sont les illustrations somptueuses mises au service d’un moyen de transport peu courant dans les albums : le cargo.

Le patchwork coloré que composent les containers rythme le voyage du bateau au fil des pages tandis qu’un mystérieux goéland accompagne à distance le capitaine durant sa traversée.

Je ne suis pas tout à fait convaincue par l’amorce narrative employée par l’auteure mais le texte à la fois poétique et technique de l’album associé à la richesse des illustrations, perspectives et jeux d’échelle font de cette fiction un bel album, qui plus est utilisable comme un documentaire par les CP, CE1.  

  • Cargo
    Adèle Tariel; ill. Jérôme Peyrat
    Père Fouettard
Activités
Autour de Entre chien et poulpe : 

Du côté de chez Isa, la créatrice du blog Ecole petite section : opération Sac à album