Je peux pas, j’ai comité

Retour sur le comité de lecture de Gif-sur-Yvette auquel j’ai eu le plaisir de participer l’année dernière en parallèle du Comité des Incorruptibles. Voici quelques titres qui ont retenu mon attention en 2019. Bonne lecture !

Le centre du monde

Carine Prache

Hélium, 2019

Inspiré par le mythe de Narcisse et Echo (Les métamorphoses d’Ovide), l’album, tout en double page, évoque la formation du système solaire et de la Terre en insistant à la fin sur le fait que les Hommes détruisent la planète.

Mon analyse : Splendide et graphique (aplats de couleur), Le Centre du monde est pratiquement un conte étiologique. Les trois dernières doubles pages créent une rupture en se métamorphosant en avertissement écologique sur le changement climatique opéré par les humains.

Très très beau travail que je recommanderais à partir du CP/CE1. Pour une lecture en accueil de classes, on peut s’abstenir de lire la fin anxiogène dans le cadre d’une fiction pour jeunes enfants.

Carine Prache a fait ses études à l’école nationale supérieure des Arts Décoratifs
(EnsAD) à Paris, secteur Image Imprimée, dans les domaines de l’illustration, de
la création de livres et des techniques imprimées (gravure, sérigraphie,
numérique). Elle a conçu des illustrations pour papiers peints et rideaux Pierre Frey et des jouets en bois .


La plume, le chapeau, l’arc et la carabine

Jean Leroy, ill. Béatrice Rodriguez

Actes sud junior, 2019

Résumé : Deux enfants que tout oppose, une papoose et un petit cow-boy, font une rencontre et apprennent à s’apprécier malgré l’absence de langage commun et culturel. Or, ils entendent soudain des cris et des coups de feu : la maman cow-boy et le papa indien essaient de s’éliminer. Les enfants les chapitrent. Tout finit bien en musique autour d’un feu de camp.

Analyse : une belle leçon de tolérance, de l’humour, l’inversion des stéréotypes (c’est la petite indienne qui « sauve » le garçon effrayé par un serpent), l’univers western peu connu des enfants aujourd’hui. Il existe un autre titre des mêmes auteurs, La princesse, le loup, le chevalier et le dragon.

Béatrice Rodriguez a illustré le célébrissime album sans texte Le Voleur de poule chez Autrement jeunesse. On retrouve son savoir-faire car l’album pourrait même se comprendre sans le texte.

Un très joli album avec un petit regret : le format riquiqui.


La course des lutins

Delphine Chedru

Hélium, 2019

Résumé : Panique dans le monde des 4 lutins inséparables. Rainette, leur raconteuse d’histoires, est devenue muette. Les lutins, nommés par leur couleur, Rouge, Jaune, Vert et Bleu, vont devoir se rendre au pays des contes rechercher les ingrédients d’une potion magique pour guérir Rainette de son extinction de voix.

Tric-trac, avant que l’affaire soit dans le sac, il va falloir ouvrir l’oeil dans les 11 saynètes inspirées par les contes les plus célèbres et par Alice au pays des merveilles.

Analyse : le fond et la forme !

C’est encore une réussite de Delphine Chedru qui permet en plus de rebondir, selon l’âge des enfants, sur les contes mis en scène dans l’ouvrage (y compris Alice au pays des merveilles).

Delphine Chedru n’est pas seulement illustratrice, elle a un vrai talent de conteuse : allitérations « ique-aque-hoc ».

On peut faire deux étapes de lecture puisqu’elle introduit, parallèlement à la recherche des ingrédients, une autre devinette (quel est le lutin paresseux?). La chute est inattendue. Le jeu d’observation est très bien mené et intéressera même des enfants de 8 ou 9 ans (pour info, j’ai séché sur 2 des indices).

Les pions en 4e de couverture semblent annoncer une collection (une aventure-jeu des lutins). Le code-barre est aussi détourné à la manière des albums de Ponti.

La difficulté parfois à trouver les indices peut entraîner un dialogue avec l’adulte qui émettra des hypothèses à la façon d’un maître de jeux.

Malgré le format que j’aurais souhaité plus grand et les illustrations totalement numériques actuelles (belles mais froides), l’album devrait figurer dans toutes les bonnes médiathèques !


Au boulot ! un imagier des métiers

Jean Gourounas

L’atelier du poisson soluble, 2019
Résumé : 21 métiers à deviner par les enfants avec des illustrations type jeu de construction et un vocabulaire précis : ex. Au boulot on usine, on boulonne, on cultive, permettant d’ouvrir un dialogue avec les enfants. 

Analyse : Un album très riche qui reprend le même procédé d’illustration que les précédents ouvrages de Jean Gourounas (La petite poule rousse, Caméléon) (jeu de construction) sans l’humour puisqu’il s’agit là non d’une fiction mais d’un petit livre jeu documentaire. Il y a même une double page où un personnage fille (bibliothécaire ou maîtresse d’école) fait une lecture à haute voix. 3 pages à la fin de l’ouvrage peuvent être découpées pour réaliser ses propres métiers mais l’éditeur a aussi judicieusement prévu la possibilité de les télécharger sur son site). Très très beau travail !…

Atelier 

https://www.poissonsoluble.com/PDF/Formes-Au-boulot.pdf

P.S. Le bandeau, parodie du magazine Causette, est une illustration de Cécile Hudrisier extraite de La Poule rousse et Rusé Renard Roux aux éditions Didier jeunesse.

Retrouver le comité en ligne

http://comitealbumgif.blogspot.com/

Print Friendly, PDF & Email