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La marque Pennart : contes, bagnoles et parodie

Ma voisine est professeur des écoles, bref institutrice. Elle m’a dressé un tableau alarmant : ses élèves de CM1 ne connaissent plus les contes !

J’ai alors pensé à Geoffroy de Pennart.
 

Avec Yvan Pommaux,  Geoffroy de Pennart est probablement l’auteur-illustrateur le plus investi dans le détournement de contes. Avec un talent extrême et une longévité extraordinaire. Un dandy drôle et rétro, sorte de Jean Rochefort du livre pour enfants.

Un vrai contrat de lecture
Le 14e titre dans la série des loups analyse pour notre plus grand bonheur l’antipathie réciproque entre le loup et le cochon

Pennart, c’est une histoire au long cours avec les enfants, des personnages récurrents (Igor le loup par exemple), des parodies de contes,  des détails à débusquer (les voitures, un vrai régal), une imagination débridée et un vocabulaire exigeant, des jeux avec les noms.

Pennart, c’est aussi des objets rétro (le téléphone a toujours un cadran rotatif et un combiné), une touche masculine bienvenue, un humour omniprésent dans les détails.

Chez Pennart, le journal, super pratique pour donner des informations, est partout. Dans Cambouis, un album rock-and-roll qui parodie le conte de Cendrillon, c’est dans le journal que Lady Wawa publie son avis de recherche de choristes.

Un jeu d’indices

L’auteur-illustrateur ne prend pas les enfants pour des truffes. Il se donne beaucoup de peine pour semer des indices entre ses albums :

Dans Le loup est revenu, il y a un souvenir du premier livre publié par Pennart, La reine des abeilles.

Dans Le retour de Chapeau rond rouge, la page de garde met en scène des souris qui interprètent la version initiale, Chapeau rond rouge. Ces petites souris occupaient déjà un coin de la scène dans le premier album, un jeu de cherche et trouve s’installant subrepticement entre Pennart et les enfants. C’est drôlissime, y compris pour les adultes.

Igor adore les décapotables (c)Kaléidoscope
Geoffroy de Pennart aime aussi positionner Igor dans des albums où il n’est pas protagoniste.
Aquarelle et Photoshop comme techniques de prédilection 
Un crayon, une gomme, de l’encre, voilà le matériel de départ de Geoffroy de Pennart pour les illustrations. Jusqu’en 2000, il aquarellait ensuite son dessin. Depuis, il a changé de technique : la mise en couleur se fait sur Photoshop. 
On se demande bien à qui peut appartenir ce véhicule admirablement carrossé (c)Kaléidoscope
Un moyen de revenir aux sources du conte
Ah, au fait, vous vous souvenez de ma voisine ? L’institutrice ? le tableau alarmant  : les enfants ne connaissent plus les contes ?
Je ne l’ai pas crue.
J’aurais dû.
Petit cobaye, 8 ans, a adoré Cambouis.
Et absolument pas reconnu la trame de Cendrillon.
Aaargh ! 
Cambouis (c)Kaléidoscope
Pour corriger le tir, voici la prescription d’une ancienne bibliothécaire : Pennart, Perrault, Pennart, Perrault, Pennart, Perrault. Répétez trois fois. Puis administrer à voix haute et à hautes doses pendant 3 ans au moins.
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Geoffroy de Pennart est édité chez Kaléidoscope.
Premier titre début du succès : Le loup est revenu , 1994, après un tout premier ouvrage, La reine des abeilles.

Il a récemment ouvert son site web, geoffroydepennart.com, très chouette et bourré d’explications pour nourrir les enfants (notamment la rubrique dédicace-arbre généalogique qui donne l’origine des noms de ses personnages issus de son entourage)

Cambouis. Geoffroy de Pennart. Kaléidoscope, 2016. 
Dès 6 ans
Mensonges. Geoffroy de Pennart. Kaléidoscope, 2017. Dès 5 ans
Jeu 

Jusqu’à la lune et retour

L’histoire vraie du pilote d’US Airways qui sauva ses passagers en amerrissant sur l’Hudson en 2009 a inspiré Clint Eastwood pour la réalisation de son magnifique film Sully.

Dans ce film, l’une des passagères, pensant qu’elle va mourir, dit à sa fille pour témoigner de son amour: « Jusqu’à la lune » et la fille répond « Et retour ».

Mon enfant, je t’aime grand comme ça…

Il se trouve que j’ai, moi aussi, une fille. Trop heureuse d’engager la conversation avec ma jeune lycéenne, je m’empresse de lui demander : « Tu connais l’expression Je t’aime jusqu’à la lune et retour ma chérie? »

Dans une réaction assez typique de l’adolescence, elle lève les yeux au ciel d’un air exaspéré et me douche d’un : « Mais mamaaan! Tout le monde dit ça! »

Oui, peut-être.

Mais je mets ma main à couper que bien peu savent dire qu’elle provient du très joli album Devine combien je t’aime.

Un livre  qui a fait le tour du monde.

Les albums comme celui-là ne sont pas légion, je vous prie de le croire.

Faire-part de naissance

C’est en 1994 que naît Petit Lièvre Brun. Son papa, Sam McBratney, un Irlandais du nord auteur de l’histoire, lui façonne un caractère tendre et interrogatif. Sa maman anglaise, Anita Jeram, est illustratrice aquarelliste .  Elle lui donne sa douceur pastel et son côté joueur.

Couverture gris lune pour une version modernisée
Expression corporelle et formule consacrée

Dans Devine combien je t’aime, Petit Lièvre Brun engage au moment du coucher une compétition verbale pour savoir qui, de son père ou de lui-même, aime l’autre le plus fort. Grand Lièvre Brun peut bien ouvrir largement ses grands bras, Petit lièvre brun n’est jamais à court d’arguments.

Jusqu’à ce que Grand Lièvre Brun rebondisse sur la distance poétique terre-lune imaginée par le petit…

Trois marraines, Popularité, Marketing et Merchandising

Mais l’histoire ne s’arrête pas là pour cet album remarquable et inoubliable.

J’ai voulu savoir si la formule magique de Grand lièvre brun avait été inventée par l’auteur puisqu’on l’entend, paraît-il, si couramment. Alors j’ai fait comme d’habitude, je suis allée à la source, bien cachée derrière mon ordinateur. J’ai envoyé un message à l’AUTEUR.

Car l’AUTEUR, s’il est bien luné (hé hé), me répond assez souvent. J’ai donc pris ma plus belle ‘phraséologie’ anglaise.

Et voici la réponse lapidaire fournie par… l’assistante marketing de l’éditeur:

The phrase "I love you to the Moon and back" is trademarked by Walker Books.
Best.
Marketing and PR Assistant
Walker Books |

Bref, la formule « Je t’aime jusqu’à la lune et retour » est une sorte d’appellation protégée. Bon, au temps pour le romantisme et la poésie. Alors j’ai poursuivi mes recherches (bibliothécaire un jour, bibliothécaire toujours). Et pof, je suis tombée sur le dépôt de marque.

En gros, tout est interdit. Il faut dire aussi que tout un peuple marchand, du torchon à la serviette de bain, des lunettes de WC au porte-savon, prétend vendre à tour de bras des articles estampillés avec ladite formule.

Parce que l’édition jeunesse, figurez-vous, ce n’est pas un monde de BISOUNOURS!

Question : à quel album vous fait penser cette couverture?

Pour ma fille, courageuse princesse au petit pois.

Allez hop, on joue !
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Bye-bye, Babette

Babette Cole, l’auteure-illustratrice de Princesse Finemouche, du Problème avec ma mère, de Comment on fait les bébés !, de Docteur Dog, vient de ranger définitivement son atelier d’aquarelliste. Son esprit farfelu, naturaliste et anti-tabou s’est éteint à l’âge de 67 ans.

L’art de la dérision

Babette Cole, c’était un peu l’école de la vie. Avec l’humour britannique et la dérision en plus. Tous les sujets étaient abordés frontalement, sans fausse pudeur, avec bonne humeur.

Comment on fait les bébés !c)Seuil, 1993

Qu’elle prenne les parents pour des benêts en leur faisant suivre une leçon d’éducation sexuelle dans Comment on fait les bébés !, qu’elle donne une leçon de santé publique avec Docteur Dog, docteur de famille de race canine surmené, évoque les difficultés entre les générations ou aborde le problème du désamour parental (Le dé-mariage), Babette Cole faisait mouche quasiment à chaque fois.

Animal addict

Son univers loufoque devait aussi beaucoup aux animaux qui envahissaient les pages de ses albums et sa vie (elle vivait dans une ferme dédiée aux chevaux dans le Devonshire, une région pluvieuse de l’ouest de l’Angleterre).

Un succès planétaire

A une époque sans réseaux sociaux, sans ligne Internet, sans stratégie marketing insolente, la complicité de Babette avec les enfants  a été largement reconnue à travers le monde entier. Dame Babette aurait parfaitement pu figurer dans Le Guiness des records ! Comment on fait les bébés (Mummy laid an egg) a été vendu en 72 langues à 2 millions cinq cent mille exemplaires ! Quand on sait qu’aujourd’hui un album jeunesse ne se vend qu’à quelques milliers d’exemplaires…

RIP Babette. Tu vas nous manquer.

Cahier d’activités

Autour de J’ai un problème avec ma mère chez Gallimard

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