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L’ourson Biloute casse la baraque

Un ourson qui vient du Nord de la France bouscule le personnage du doudou dans le livre d’images.

Ça fait un fameux bail que les oursons en chair et en os ou en peluche peuplent les albums jeunesse. 

De Winnie à Paddington, de Petit Ours illustré par Maurice Sendak à Otto, l’album phénomène de Tomi Ungerer, sans parler de Petit Ours Brun et de tous les autres plus ou moins anonymes, la star plantigrade promène son popotin avec entrain dans les pages enfantines.

Un ourson mal-léché et surprenant

Pourtant, l’ourson Biloute chez Grasset jeunesse est à mettre à part. 

Tout d’abord, c’est une histoire de doudou qui s’adresse aux 7-10 ans, ce qui n’est pas très fréquent. A part Tigres et Nounours et Calvin et Hobbes en bande dessinée, on voit rarement la relation affective comme prétexte narratif sur cette tranche d’âge.

Ensuite, les rôles sont inversés. Habituellement, les enfants se détachent progressivement de leur petit talisman. Or, ici, c’est l’ourson Biloute qui a envie de vivre des aventures. Au point de fausser volontairement compagnie à son jeune maître Kevin âgé de sept ans. Je vous laisse imaginer la séquence de larmes.

De plus, si Biloute est très mignon avec ses pupilles manga, son petit ventre mou cache un admirable courage.

Son identité est clairement affirmée : il est Ch’ti et fier de l’être.

Enfin, le titre est truffé de références culturelles régionales pour une découverte à partager en famille.

L’Univers rock-and-roll d’un duo de cousins

Les illustrations un brin psychédéliques de Reno Delmaire, tatoueur de profession, alliées à l’écriture de Julien Delmaire, auteur adulte, s’épanouissent grâce au bouillonnement d’idées bon enfant des deux cousins.

Un Glossaire ch’timi et une découverte musicale

Des addenda de choix prolongent l’intérêt du titre par un glossaire et une play-list. Carbonnade, chicon, flamiche picarde, wassingue s’invitent dans le répertoire du lecteur étranger aux Hauts-de-France tandis qu’une play-list très rock présente aux enfants des interprètes majeurs des années 70.

Serial Teddy

L’ourson Biloute trace sa route en Harley Davidson : trois épisodes sont déjà parus depuis mars 2017. Le quatrième tome est annoncé pour novembre 2019. 

Petit coeur tendre malgré tout, l’ourson Biloute rentre au bercail (c) Grasset jeunesse, 2017
Animation scolaire
  • Retravailler le texte dans un registre de langue courant
Animation en médiathèque
  • Lecture à haute voix et extraits sonores de la bande-son
  • Dessin à volonté
L’avis de Breadcrumb

Le registre de langue est volontairement familier en contrepoint de la syntaxe irréprochable. Le texte au présent est parfait pour inciter les enfants amateurs de BD  et manga à sortir de leur zone de confort. Intergénérationnel.

♥♥♥♥

En savoir plus sur le site de Grasset jeunesse

Seule à la récré

C’est Petit Cobaye, 8 ans, qui m’a alertée : il regardait la télévision lorsqu’il a reconnu le scénariste et dessinateur d’une de ses bandes dessinées, Les Dinosaures aux éditions humoristiques Bamboo

Je suis venue devant l’écran et j’ai découvert Seule à la récré.

Bloz y présentait la bande dessinée qu’il a réalisée avec sa fille Ana, victime de harcèlement. 

J’ai fait mettre le titre en acquisition à la médiathèque. Je l’ai lu avec Petit Cobaye. J’en suis venue à la conclusion suivante :

Cet album devrait faire l’objet d’un achat massif dans les écoles et les médiathèques. 

Grâce à Ana qui donne vie  au personnage d’Emma dans l’album, Bloz riposte à la violence subie avec sa meilleure arme : son talent de bédéaste humoristique. L’album se lit par planches tout en suivant un déroulement narratif de one-shot. 

Les mécanismes à l’œuvre dans le harcèlement sont finement décrits.

Dans l’histoire, les adultes n’ont pas le beau rôle : de l’inconscience, à l’incrédulité, à la dénégation et à la lâcheté (il faut préserver la réputation de l’établissement !), leur inertie empêche la bonne résolution du problème.

Au drame vécu par Emma, s’ajoute l’injustice sociale puisque c’est Emma qui devra finalement quitter l’établissement tandis que Clarisse la harceleuse reste en place.

Heureusement Emma la petite héroïne a su parler à ses parents (bien que tardivement). Sa famille aimante l’a activement soutenue et s’est chargée de trouver un autre établissement scolaire devant l’omerta de l’école.

Le livre est suivi d’un dossier documentaire établi par Noémya GROHAN, l’auteure de De la rage dans mon cartable et fondatrice de l’association GÉNÉR’ACTION-SOLIDAIRE. Des pistes sont utilement fournies pour faire face.

On saluera au passage l’éditeur Bamboo, dont la ligne éditoriale axée sur la bande dessinée comique inclut aussi des sujets de société traités avec finesse, sensibilité et humour : le cancer avec La Boule à zéro et le harcèlement avec Seule à la récré.

BRAVO.

Baba Yaga et son isba

Qui est Baba Yaga ?

Mi-ogresse, mi-sorcière, Baba Yaga apparaît dans différents contes  slaves. Elle est popularisée en Europe par le biais du folkloriste Afanassiev. Celui-ci a joué le rôle de Perrault ou des frères Grimm en Occident.

Baba Yaga vit dans une isba montée sur pattes de poulet et se déplace à l’aide d’un pilon dans un mortier adapté à sa taille, tout en effaçant ses traces avec son balai. Son alimentation repose sur la chair humaine.

Les avatars de Baba Yaga

La première parution au Père Castor est illustrée par Nathalie Parain en 1932. Empreintes de constructivisme russe, limitées à l’essentiel géométrique et aux techniques de reproduction de l’époque, les images d’origine épousent parfaitement le texte puisé dans le folklore russe.

L’éditeur MeMo a réédité le titre dans le cadre de la collection patrimoniale Les grandes rééditions. 

Depuis, au Père Castor, Baba Yaga a connu deux autres illustrateurs (dont Anne Buguet avec un grand format et une couleur dominante rose comme dans Macha et l’ours).

Un art qui restitue tout le suspense haletant d’une course poursuite

En octobre 2018 , coup de jeune sur le titre : Pauline Kalioujny nous propose une nouvelle version incroyablement somptueuse dans une gamme de couleurs inhabituelle (rouge, noir et or). L’album est passé au fer à dorer, dixit l’éditeur.

La cruauté du conte et sa résolution heureuse sont encore rehaussées par le travail de linogravure de Pauline, qui est lauréate du grand Prix de l’Illustration 2018.

Des racines et des ailes pour le Père Castor

2018 s’impose d’ailleurs comme une date phare pour le Père Castor : nouveau logo, nouvelle mascotte et inscription toute nouvelle au Patrimoine mondial de l’Unesco dans le registre « Mémoires du monde ».

Si on ajoute les nombreux talents actuels qui ont rejoint les anciens depuis quelques années (Henri Meunier, Sébastien Pelon, Thomas Baas… et maintenant Pauline Kalioujny), on se dit que, décidément , cette branche de Flammarion tournée vers les 3-8 ans n’a pas fini de nous surprendre…

Plus d’infos

A Prague, la maison de Baba-Yaga

certains éléments du conte figurent dans l'illustration

Trouve les intrus (Image créée avec DesignCap) (c)BREADCRUMB