Archives de catégorie : France

Jean Jullien de Nantes

Si jamais vous allez à Nantes avec des petits, il faut voir Le nid, le bar inventé par le graphiste Jean Jullien au sommet de la Tour Bretagne.

Accessoirement, quand Jean Jullien n’est pas en train de travailler comme graphiste, il crée ou illustre des livres pour enfants à Londres où il s’est installé.

Focus sur 2 de ses titres, Ceci n’est pas un livre et Alceste la chouette, roi du camouflage.

Ceci n’est pas un livre (This is not a book)

Ceci n’est pas un livre doit probablement plaire à Olivier Douzou pour le jeu d’imagination, de perspective et de construction autour d’un album.

Car Ceci n’est pas un livre est un livre à tiroirs. A première vue, il s’agit d’un imagier de la maison pour les enfants de 0 à 3 ans. 

Mais pas seulement.  Les plus grands se délecteront de la question conceptuelle suivante : la représentation d’une chose est-elle cette chose ? Mieux encore : peut-elle en cacher une autre ?

Un livre d’art sur un marché de niche

La branche française de l’éditeur d’art Phaidon consacre 5% de sa production à l’album jeunesse.

La version anglaise de Ceci n’est pas un livre a été prise très au sérieux chez les financiers anglais, il suffit de lire l’un des commentaires de la presse économique : 

« A witty board book that’s perfect for inquisitive preliterate kids. »—Financial Times.

(Un livre astucieux parfait pour les enfants curieux qui n’ont pas encore l’âge de l’écriture)

En France, à part pour parler de Harry Potter ou du passage des Incollables au numérique, a-t-on déjà  vu le journal Les échos parler d’un livre jeunesse ?

Un jeu d’imagination

L’album part d’un jeu d’imagination autour de la ligne qui fait la jonction entre les 2 pages en vis-à-vis d’un livre.

On touche du doigt ou plutôt des yeux, ce qu’est un esprit d’artiste : d’une simple ligne nait un funambule, un terrain de tennis, une gueule béante, un clavier d’ordinateur et même une paire de fesses roses…

D’une ligne, je construis une action, d’un livre, je construis une maison
Un livre prétexte au dialogue

L’enfant plus grand va se lancer dans un jeu de mime et d’identification en cherchant à rattacher ce qu’il voit à son vécu.

Le livre devient alors le support d’un moment chaleureux en famille.


Alceste la chouette, roi du camouflage (Hoot owl, master of disguise)

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Pour chercher sa pitance, Alceste la chouette ne se fie pas qu’à sa sagesse : il fait aussi appel à sa maîtrise du déguisement pour mieux approcher ses victimes potentielles. 

Las !, les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite et malgré de nombreuses tentatives,  Alceste a beaucoup de mal à se mettre quelque chose dans le bec !

Se verra-t-il tout déconfit ? C’est sans compter sur l’imagination de Sean Taylor…

Jeux
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Extrait de Hoot Owl, master of disguise

Cherche les différences sur le site de Walker ou Candlewick

En savoir plus

L’ourson Biloute casse la baraque

Un ourson qui vient du Nord de la France bouscule le personnage du doudou dans le livre d’images.

Ça fait un fameux bail que les oursons en chair et en os ou en peluche peuplent les albums jeunesse. 

De Winnie à Paddington, de Petit Ours illustré par Maurice Sendak à Otto, l’album phénomène de Tomi Ungerer, sans parler de Petit Ours Brun et de tous les autres plus ou moins anonymes, la star plantigrade promène son popotin avec entrain dans les pages enfantines.

Un ourson mal-léché et surprenant

Pourtant, l’ourson Biloute chez Grasset jeunesse est à mettre à part. 

Tout d’abord, c’est une histoire de doudou qui s’adresse aux 7-10 ans, ce qui n’est pas très fréquent. A part Tigres et Nounours et Calvin et Hobbes en bande dessinée, on voit rarement la relation affective comme prétexte narratif sur cette tranche d’âge.

Ensuite, les rôles sont inversés. Habituellement, les enfants se détachent progressivement de leur petit talisman. Or, ici, c’est l’ourson Biloute qui a envie de vivre des aventures. Au point de fausser volontairement compagnie à son jeune maître Kevin âgé de sept ans. Je vous laisse imaginer la séquence de larmes.

De plus, si Biloute est très mignon avec ses pupilles manga, son petit ventre mou cache un admirable courage.

Son identité est clairement affirmée : il est Ch’ti et fier de l’être.

Enfin, le titre est truffé de références culturelles régionales pour une découverte à partager en famille.

L’Univers rock-and-roll d’un duo de cousins

Les illustrations un brin psychédéliques de Reno Delmaire, tatoueur de profession, alliées à l’écriture de Julien Delmaire, auteur adulte, s’épanouissent grâce au bouillonnement d’idées bon enfant des deux cousins.

Un Glossaire ch’timi et une découverte musicale

Des addenda de choix prolongent l’intérêt du titre par un glossaire et une play-list. Carbonnade, chicon, flamiche picarde, wassingue s’invitent dans le répertoire du lecteur étranger aux Hauts-de-France tandis qu’une play-list très rock présente aux enfants des interprètes majeurs des années 70.

Serial Teddy

L’ourson Biloute trace sa route en Harley Davidson : trois épisodes sont déjà parus depuis mars 2017. Le quatrième tome est annoncé pour novembre 2019. 

Petit coeur tendre malgré tout, l’ourson Biloute rentre au bercail (c) Grasset jeunesse, 2017
Animation scolaire
  • Retravailler le texte dans un registre de langue courant
Animation en médiathèque
  • Lecture à haute voix et extraits sonores de la bande-son
  • Dessin à volonté
L’avis de Breadcrumb

Le registre de langue est volontairement familier en contrepoint de la syntaxe irréprochable. Le texte au présent est parfait pour inciter les enfants amateurs de BD  et manga à sortir de leur zone de confort. Intergénérationnel.

♥♥♥♥

En savoir plus sur le site de Grasset jeunesse

Seule à la récré

C’est Petit Cobaye, 8 ans, qui m’a alertée : il regardait la télévision lorsqu’il a reconnu le scénariste et dessinateur d’une de ses bandes dessinées, Les Dinosaures aux éditions humoristiques Bamboo

Je suis venue devant l’écran et j’ai découvert Seule à la récré.

Bloz y présentait la bande dessinée qu’il a réalisée avec sa fille Ana, victime de harcèlement. 

J’ai fait mettre le titre en acquisition à la médiathèque. Je l’ai lu avec Petit Cobaye. J’en suis venue à la conclusion suivante :

Cet album devrait faire l’objet d’un achat massif dans les écoles et les médiathèques. 

Grâce à Ana qui donne vie  au personnage d’Emma dans l’album, Bloz riposte à la violence subie avec sa meilleure arme : son talent de bédéaste humoristique. L’album se lit par planches tout en suivant un déroulement narratif de one-shot. 

Les mécanismes à l’œuvre dans le harcèlement sont finement décrits.

Dans l’histoire, les adultes n’ont pas le beau rôle : de l’inconscience, à l’incrédulité, à la dénégation et à la lâcheté (il faut préserver la réputation de l’établissement !), leur inertie empêche la bonne résolution du problème.

Au drame vécu par Emma, s’ajoute l’injustice sociale puisque c’est Emma qui devra finalement quitter l’établissement tandis que Clarisse la harceleuse reste en place.

Heureusement Emma la petite héroïne a su parler à ses parents (bien que tardivement). Sa famille aimante l’a activement soutenue et s’est chargée de trouver un autre établissement scolaire devant l’omerta de l’école.

Le livre est suivi d’un dossier documentaire établi par Noémya GROHAN, l’auteure de De la rage dans mon cartable et fondatrice de l’association GÉNÉR’ACTION-SOLIDAIRE. Des pistes sont utilement fournies pour faire face.

On saluera au passage l’éditeur Bamboo, dont la ligne éditoriale axée sur la bande dessinée comique inclut aussi des sujets de société traités avec finesse, sensibilité et humour : le cancer avec La Boule à zéro et le harcèlement avec Seule à la récré.

BRAVO.