Archives de catégorie : 9 à 99 ans

Raphaël Garnier, poète pictural

Raphaël Garnier, artiste et graphiste, a animé à partir de son album Art’bracadabra un atelier pour enfant au dernier Salon du livre de Paris. 

Il n’était pas prévu que j’y assiste. Des ateliers, j’en ai vu, conçu ou animé dans ma carrière. Mais là, je me suis approchée, j’ai lu l’album et j’ai immédiatement su qu’il fallait que je reste pour Breadcrumb.

J’ai suivi la démonstration de Raphaël Garnier : un vrai big bang avec des feuilles de papier et des feutres,  des enfants attentifs et actifs, des parents participatifs. Du grand art ! Et un livre animé incontournable, Art’bracadabra.

Art’bracadabra est publié par le couple d’éditeurs d’Amaterra, petite maison créée il y a onze ans déjà.

Leurs titres me font de l’œil régulièrement. Ça avait commencé avec Juliette Vallery et Clémentine Sourdais pour Croque-moi si tu peux. Ça se confirme avec Art’bracadabra, une pépite éditoriale digne de la Nuit du livre.

Du film d’animation au livre animé, la genèse de l’album

Raphaël Garnier a conçu en 2015 une série de petits films dans le cadre de la série web Mon œil du Centre Pompidou. Destinée aux enfants, cette série fait découvrir les fondamentaux de l’art de manière ludique et onirique.

Sous le charme, les éditions Amaterra ont décidé d’adapter cette approche de l’art sous forme de livre à systèmes. 

Une démarche admirablement réussie.

Art’bracadabra, le décryptage de l’art en poésie

Du point, petit atome insignifiant, naît la ligne. De la ligne, naissent les formes. Les formes vivent en communautés et s’habillent de matière. Les couleurs leur apportent des émotions, les ombres le volume. Et ce n’est pas fini : composition et perspective s’invitent tout naturellement au programme…

« La Ligne est un lasso pour attraper la Forme» Raphaël Garnier

La composition, une histoire d’organisation in Art’bracadabra (c)Amaterra, 2018

Au fil des 10 chapitres de ce pas à pas, l’auteur rend palpable l’essence de l’art à l’aide des systèmes du livre animé : volets, roue, rhodoïd, pop-up…

Et surtout, il transforme les termes techniques en une histoire superbement poétique. Avec un petit final circulaire aérien divinement bien pensé.

À mettre en parallèle

Hervé Tullet, Tout rondL’art dans les pages

♥♥♥♥♥

En savoir plus

Mon oeil sur le site du Centre Pompidou

Atelier en médiathèques
  • Lecture à haute voix  avec un complice au paper-board 
  • Avec un budget : atelier possible avec l’artiste graphiste Raphaël Garnier

La balade de Yaya

Sans rien dire, j’ai laissé les trois volumes sur la table du salon. J’aime bien faire des expériences comme ça, voir si Petit Cobaye, 9 ans, mord à l’hameçon ou pas. Surtout qu’après toutes ces années ensemble sur Breadcrumb je pensais en faire un grand lecteur.

Or, j’ai à la maison un enfant de son temps : manga, BD et jeux vidéo. Aaahhrr !

Alors j’adopte une stratégie de Sioux : lui offrir le meilleur en textes illustrés et en bandes dessinées en partant de ses goûts. D’où le test Yaya. Car La balade de Yaya est une belle approche pour mélanger les genres BD et manga avec en prime une histoire bien ficelée.

Les volumes ont entamé un pas de deux entre le fils et le père. Et puis Petit Cobaye m’a dit ces quelques mots : « tu devrais le lire, maman, c’est un peu triste mais il y a beaucoup d’espoir. C’est ce qui fait que tu tiens le coup ».

La Balade de Yaya, ce sont 9 tomes parus entre 2010 et 2015 aux éditions Fei, réédités en 2018 sous la forme d’une intégrale en 3 volumes. 3 co-scénaristes et 1 illustrateur ont collaboré pour réaliser ce très joli univers qui va bientôt être adapté en film d’animation.

Synopsis

Shanghai 1937. Le Japon a envahi la Chine. Le monde de Yaya vole en éclats. 

Yaya est une petite fille choyée et obstinée, néanmoins attachante, issue de milieu bourgeois. Séparée accidentellement de ses parents, elle doit sa survie à Tuduo, petit garçon des rues intelligent et attentif aux autres. Elle est aussi accompagnée par son ange-gardien Pipo, un oiseau débrouillard qui joue le rôle de narrateur dans l’histoire. Face aux adultes malveillants que les enfants rencontrent sur leur parcours à la recherche des parents de Yaya, Pipo se montre un allié à plumes drôle et remarquable. 

L’avis de Breadcrumb

Le registre de couleurs adoucies atténue la dureté des expériences vécues par les deux enfants. Une part de Charles Dickens, une autre du Tombeau des lucioles, des illustrations à l’aquarelle magnifiques, une chute réaliste. Tout concourt à la présence nécessaire de cette aventure dans les bacs des médiathèques ou dans la bibliothèque familiale.

À donner sans réserve à toute la famille à partir de 9 ans. 

L’avis de Lana, 10 ans : super cool !

♥♥♥♥

Activité possible : initiation aquarelle ou atelier dessin manga

=>La balade de Yaya
Charlotte GIRARD, Patrick MARTY & Jean-Marie OMONT 
ill. Golo ZHAO
Les éditions Fei, 2018

L’ourson Biloute casse la baraque

Un ourson qui vient du Nord de la France bouscule le personnage du doudou dans le livre d’images.

Ça fait un fameux bail que les oursons en chair et en os ou en peluche peuplent les albums jeunesse. 

De Winnie à Paddington, de Petit Ours illustré par Maurice Sendak à Otto, l’album phénomène de Tomi Ungerer, sans parler de Petit Ours Brun et de tous les autres plus ou moins anonymes, la star plantigrade promène son popotin avec entrain dans les pages enfantines.

Un ourson mal-léché et surprenant

Pourtant, l’ourson Biloute chez Grasset jeunesse est à mettre à part. 

Tout d’abord, c’est une histoire de doudou qui s’adresse aux 7-10 ans, ce qui n’est pas très fréquent. A part Tigres et Nounours et Calvin et Hobbes en bande dessinée, on voit rarement la relation affective comme prétexte narratif sur cette tranche d’âge.

Ensuite, les rôles sont inversés. Habituellement, les enfants se détachent progressivement de leur petit talisman. Or, ici, c’est l’ourson Biloute qui a envie de vivre des aventures. Au point de fausser volontairement compagnie à son jeune maître Kevin âgé de sept ans. Je vous laisse imaginer la séquence de larmes.

De plus, si Biloute est très mignon avec ses pupilles manga, son petit ventre mou cache un admirable courage.

Son identité est clairement affirmée : il est Ch’ti et fier de l’être.

Enfin, le titre est truffé de références culturelles régionales pour une découverte à partager en famille.

L’Univers rock-and-roll d’un duo de cousins

Les illustrations un brin psychédéliques de Reno Delmaire, tatoueur de profession, alliées à l’écriture de Julien Delmaire, auteur adulte, s’épanouissent grâce au bouillonnement d’idées bon enfant des deux cousins.

Un Glossaire ch’timi et une découverte musicale

Des addenda de choix prolongent l’intérêt du titre par un glossaire et une play-list. Carbonnade, chicon, flamiche picarde, wassingue s’invitent dans le répertoire du lecteur étranger aux Hauts-de-France tandis qu’une play-list très rock présente aux enfants des interprètes majeurs des années 70.

Serial Teddy

L’ourson Biloute trace sa route en Harley Davidson : trois épisodes sont déjà parus depuis mars 2017. Le quatrième tome est annoncé pour novembre 2019. 

Petit coeur tendre malgré tout, l’ourson Biloute rentre au bercail (c) Grasset jeunesse, 2017
Animation scolaire
  • Retravailler le texte dans un registre de langue courant
Animation en médiathèque
  • Lecture à haute voix et extraits sonores de la bande-son
  • Dessin à volonté
L’avis de Breadcrumb

Le registre de langue est volontairement familier en contrepoint de la syntaxe irréprochable. Le texte au présent est parfait pour inciter les enfants amateurs de BD  et manga à sortir de leur zone de confort. Intergénérationnel.

♥♥♥♥

En savoir plus sur le site de Grasset jeunesse