Tous les articles par Véronique Van der Meij

La balade de Yaya

Sans rien dire, j’ai laissé les trois volumes sur la table du salon. J’aime bien faire des expériences comme ça, voir si Petit Cobaye, 9 ans, mord à l’hameçon ou pas. Surtout qu’après toutes ces années ensemble sur Breadcrumb je pensais en faire un grand lecteur.

Or, j’ai à la maison un enfant de son temps : manga, BD et jeux vidéo. Aaahhrr !

Alors j’adopte une stratégie de Sioux : lui offrir le meilleur en textes illustrés et en bandes dessinées en partant de ses goûts. D’où le test Yaya. Car La balade de Yaya est une belle approche pour mélanger les genres BD et manga avec en prime une histoire bien ficelée.

Les volumes ont entamé un pas de deux entre le fils et le père. Et puis Petit Cobaye m’a dit ces quelques mots : « tu devrais le lire, maman, c’est un peu triste mais il y a beaucoup d’espoir. C’est ce qui fait que tu tiens le coup ».

La Balade de Yaya, ce sont 9 tomes parus entre 2010 et 2015 aux éditions Fei, réédités en 2018 sous la forme d’une intégrale en 3 volumes. 3 co-scénaristes et 1 illustrateur ont collaboré pour réaliser ce très joli univers qui va bientôt être adapté en film d’animation.

Synopsis

Shanghai 1937. Le Japon a envahi la Chine. Le monde de Yaya vole en éclats. 

Yaya est une petite fille choyée et obstinée, néanmoins attachante, issue de milieu bourgeois. Séparée accidentellement de ses parents, elle doit sa survie à Tuduo, petit garçon des rues intelligent et attentif aux autres. Elle est aussi accompagnée par son ange-gardien Pipo, un oiseau débrouillard qui joue le rôle de narrateur dans l’histoire. Face aux adultes malveillants que les enfants rencontrent sur leur parcours à la recherche des parents de Yaya, Pipo se montre un allié à plumes drôle et remarquable. 

L’avis de Breadcrumb

Le registre de couleurs adoucies atténue la dureté des expériences vécues par les deux enfants. Une part de Charles Dickens, une autre du Tombeau des lucioles, des illustrations à l’aquarelle magnifiques, une chute réaliste. Tout concourt à la présence nécessaire de cette aventure dans les bacs des médiathèques ou dans la bibliothèque familiale.

À donner sans réserve à toute la famille à partir de 9 ans. 

L’avis de Lana, 10 ans : super cool !

♥♥♥♥

Activité possible : initiation aquarelle ou atelier dessin manga

=>La balade de Yaya
Charlotte GIRARD, Patrick MARTY & Jean-Marie OMONT 
ill. Golo ZHAO
Les éditions Fei, 2018

Tomi, la lune et les trois brigands

Tomi Ungerer, acide, génial et provocateur, vient de quitter ce monde à l’âge de 87 ans. Alsacien ayant connu le joug nazi dans son enfance, expatrié trilingue français-allemand-anglais, il a marqué profondément le secteur du livre pour enfants. 

L’Ecole des loisirs, son principal éditeur en France, l’éditeur d’art Phaidon, et l’éditeur régionaliste La nuée bleue perdent une célébrité internationale de leur catalogue. 

Les bibliothécaires vont gagner la nécessité d’un hommage. Pour les illustrateurs, c’est déjà une déferlante sur les réseaux sociaux. 

Page Facebook de Gilles Bachelet, 9 février 2019 : Petit échauffement avant le duel dessiné avec Anaïs Vaugelade en hommage à Tomi Ungerer à la médiathèque Robert Desnos de Montreuil..

Lorsque j’étais bibliothécaire jeunesse dans les années 1990, je me rappelle parfaitement l’émotion qui m’avait saisie à la découverte de Pas de baiser pour maman, un texte illustré qu’on classait dans le bac des ‘premières lectures’.

Drôle et dure à la fois, l’histoire met en scène un personnage qui ne supporte pas d’être embrassé par sa maman. Tomi Ungerer avait expliqué qu’il était le petit d’une fratrie composée de filles et qu’il était submergé de bisous à tout moment, à tel point qu’il en avait conçu une véritable aversion. Il avait puisé là la matière première de ce titre. 

Intelligent et en rébellion face à l’hypocrisie, il avait fait de son humour corrosif un talent au service de son art d’illustrateur et affichiste :

« L’Alsace a ceci de commun avec les cabinets qu’elle était toujours occupée. » 

Longtemps mis à l’index par les bibliothécaires et quasiment expulsé des Etats-Unis puritains qui ne concevait pas qu’on puisse être auteur-illustrateur d’albums jeunesse et artiste érotique, Tomi Ungerer avait depuis longtemps obtenu une reconnaissance internationale.

Page Facebook d’Antoine Guilloppé 2016

La ville de Strasbourg lui consacre un musée depuis 2008.

Tomi Ungerer, sans titre [dessin pour Les Trois Brigands], 1961 Lavis d’encre de Chine et d’encres de couleur, feutre et rehauts de crayon blanc sur papier blanc Collection Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, Strasbourg © Diogenes Verlag \ Ayants droit Tomi Ungerer Photo : Musées de la Ville de Strasbourg (officiel) / M. Bernhart
Activité 

Origami des trois brigands

Atelier Les trois brigands (c)Breadcrumb
En savoir plus

7-Imp’s 7 Kicks #511: Featuring Tomi Ungerer

Liens éditeurs

Abracadabra, comment refaire du neuf avec du vieux ?

Au hasard des pérégrinations inévitables lorsqu’on s’occupe d’enfants, on tombe parfois sur des titres très à propos dans les salles d’attente des praticiens et autres spécialistes chronophages.

C’est ainsi que j’ai pu suivre les tribulations de la petite Apolline d’Armelle Modéré chez la pédiatre, dénicher un livre animé sur le corps humain chez le généraliste et redécouvrir Le Docteur de Soto en Afrique chez le dentiste.

Il est dommage que mon boucher n’ait pas de salle d’attente car je lui offrirais volontiers Le cochon d’Emile de Stéphane Henrich.

Et qu’est-ce que je trouve dans la pile de livres pour patienter chez l’opticienne du coin ? Le blaireau à lunettes ! Un album fondant à souhait !

L’histoire n’a pas changé : 

Il était une fois un blaireau qui portait des lunettes,
alors tout le monde l’appelait le blaireau à lunettes.
Il portait des lunettes parce qu’il ne voyait pas très bien.
Il n’était pas vieux, non mais sans ses lunettes
il confondait un éléphant avec un ouistiti.

Mais, c’est curieux, les illustrations ne me rappellent pas celles de la bibliothèque ?

L’EXEMPLE DU BLAIREAU DE A à Z

Voici l’album chez l’opticienne :

 

Voilà l’illustration de l’exemplaire de la médiathèque :

Le blaireau à lunettes illustré en 1988 par Martine Bourre

Sans oublier la charmante Elise à l’origine de l’article :

Elise l’opticienne  fait patienter les petits avec Le blaireau à lunettes illustré par Laurent Simon en 2016 (c) Breadcrumb
LE METIER D’EDITEUR, ETRE VISIONNAIRE DU MARKETING ?

Le tour est joué : Père Castor modernise certains de ses albums classiques par un relookage total avec des illustrateurs contemporains. Le texte reste identique mais les images sont plus dans l’air du temps, tout en suivant le gabarit de la maquette originale (reliure avec agrafes appelée piqûre à cheval, format 18 cm x 21 cm).

Et c’est souvent réussi.

Dans le même temps, tous les titres du Père Castor n’ont pas le même cahier des charges. Baba Yaga par exemple.

ON TOUCHE AVEC LES YEUX

Ce sont parfois trois générations d’illustrateurs qui se sont relayées.

Evidemment, certains titres patrimoniaux restent dans leur jus. Ainsi, la belle anthologie vintage parue récemment figure dans ma panoplie de bibliothécaire jeunesse…

Bien entendu, d’autres éditeurs se préoccupent également de la question de l’équilibre entre fonds et nouveautés, tels Kaléidoscope ou Pastel de l’Ecole des loisirs…

Chez Breadcrumb, nous en apprécions énormément : des petits, des gros, des tout neufs, des implantés de longue date. Et nous espérons bien faire des émules.

JEU

Réaliser un Jeu du lynx avec les logotypes des maisons d’édition